La question revient à chaque rendez-vous avec un établissement, et elle est toujours posée de la même façon : « c'est hébergé où, votre truc ? »
Je pourrais répondre « en France » et passer à la suite. Le modèle d'intelligence artificielle est français, la base de données est à Paris, aucune donnée d'élève n'entre dans la plateforme. Tout cela est vrai. Mais ce serait une réponse de commercial, et elle passerait sous silence les endroits où Magisteria ne tient pas la promesse que le mot « souverain » laisse entendre.
Alors voici autre chose : le trajet complet, étape par étape.
Étape 1, votre navigateur appelle un serveur à Paris
Vous remplissez le formulaire d'un générateur, vous cliquez. Votre navigateur envoie votre saisie (discipline, niveau, thème, consignes, dates) à un serveur.
Ce serveur est chez Vercel, notre hébergeur, et il s'exécute en région cdg1, c'est-à-dire Paris. Vous n'avez pas à me croire sur parole : toute réponse de magisteria.fr porte un en-tête technique nommé X-Vercel-Id, qui commence par le code de la région où le code a tourné. Sur Magisteria, il commence par cdg1.
Rien n'a encore été enregistré à ce stade. Le serveur vérifie que vous êtes bien connectée, puis il prépare la demande.
Étape 2, il y ajoute le programme officiel, puis interroge Mistral
Avant d'appeler l'intelligence artificielle, le serveur ajoute à votre demande le texte du programme Éduscol correspondant à votre discipline et à votre niveau. C'est ce qui fait la différence entre une fiche inventée et une fiche ancrée sur le programme réel.
L'ensemble part chez Mistral AI, société française, sur une infrastructure européenne. Le modèle utilisé est Mistral Large 3. Vos saisies servent à produire votre résultat, et à rien d'autre : Mistral s'engage contractuellement à ne pas les utiliser pour entraîner ses modèles.
Nous avons basculé sur Mistral le 6 août 2026, en production, pour tout le monde le même jour. Ce changement a supprimé un transfert de données hors Union européenne dans notre registre de traitements, et il a rendu le service plus rapide.
Un mot sur ce modèle, parce que le détail compte plus qu'il n'en a l'air. Mistral Large 3 est publié sous licence Apache 2.0 : il est public, téléchargeable, exécutable ailleurs. Si Mistral changeait ses conditions ou disparaissait, ce modèle resterait disponible et pourrait tourner chez un autre hébergeur européen. Avec un modèle fermé, on ne possède rien d'autre qu'un droit d'accès que le fournisseur peut retirer. Précision honnête : nous ne l'hébergeons pas nous-mêmes aujourd'hui, nous appelons celui de Mistral.
Étape 3, le résultat s'affiche, et une partie seulement est conservée
Le document revient, s'affiche, et se range dans votre bibliothèque. Celle-ci vit chez Supabase, région eu-west-3, Paris.
Ce qui est conservé, et combien de temps :
- Vos documents : tant que vous les gardez.
- Le texte de votre demande : 90 jours, puis effacement automatique. Seules restent des métadonnées techniques, sans le contenu.
- Les journaux d'activité : 12 mois.
- La corbeille : 30 jours.
- Un compte resté inactif : supprimé au bout de 24 mois, après un e-mail de préavis.
- Les factures : 10 ans, obligation comptable à laquelle nous ne pouvons pas déroger.
Ces effacements ne sont pas une intention écrite dans une politique de confidentialité. Ce sont des tâches programmées qui s'exécutent chaque nuit dans la base.
Deux autres prestataires interviennent en dehors de ce trajet : Brevo, société française, pour les e-mails de service, et Stripe pour les paiements. Vos coordonnées bancaires ne transitent jamais par Magisteria. Il n'y a ni régie publicitaire, ni traceur marketing, ni outil de mesure d'audience : les seuls cookies déposés maintiennent votre session.
Ce qui n'est jamais parti, parce que ce n'est jamais entré
Vous avez peut-être remarqué ce qui manque dans ce trajet : vos élèves.
Magisteria prépare des cours, elle ne corrige pas de copies. Elle ne lit aucune copie, ne note personne, n'héberge aucune liste de classe. Aucune donnée nominative d'élève n'a de raison d'entrer dans le service, et rien dans l'interface ne vous en demande. Le meilleur moyen de protéger une donnée reste de ne pas la recevoir.
De vous, la plateforme demande quatre informations à l'inscription : nom, prénom, e-mail, mot de passe. Le reste est facultatif.
Là où ça coince : trois de nos prestataires sont américains
Voici le passage que la plupart des pages « souveraineté » ne contiennent pas.
Les serveurs sont à Paris. Mais Supabase Inc. et Vercel Inc. sont des sociétés de droit américain, tout comme Stripe. Le CLOUD Act, loi américaine de 2018, permet aux autorités des États-Unis d'exiger d'une entreprise soumise à leur juridiction des données qu'elle détient, y compris stockées en Europe. Le Data Act européen impose depuis 2025 de contester les demandes illégales, ce qui est une protection réelle mais pas une immunité.
La localisation parisienne réduit l'exposition, elle ne l'annule pas. Ce que nous faisons pour la réduire encore : aucune donnée d'élève, aucune donnée bancaire, aucune donnée sensible au sens du RGPD, un cloisonnement de la base qui fait que chaque compte ne voit que ses propres lignes, et le contenu des demandes effacé au bout de 90 jours.
Une remarque dans l'autre sens, pour être juste : « français » ne suffit pas non plus à garantir quoi que ce soit. Chez Mistral aussi, si le calcul est européen, certaines données d'exploitation peuvent être traitées ailleurs. Personne sur ce marché n'a un tableau parfaitement propre, et ceux qui l'affirment ne l'ont probablement pas regardé de près.
Le chantier que j'ai envie de mener
Cette dépendance américaine me gêne, et je n'ai pas l'intention de m'en accommoder indéfiniment.
Migrer la base et l'hébergement vers un fournisseur européen est un chantier sur lequel je réfléchis sérieusement, et que j'ai vraiment envie de faire. Techniquement, il est à notre portée : nous utilisons du PostgreSQL standard et des fonctions serveur banales, rien d'exotique qui nous enfermerait. Reste à choisir entre Scaleway, OVHcloud et Clever Cloud, et à le mener sans casser ce qui fonctionne aujourd'hui pour des enseignants en pleine année scolaire.
Ce n'est pas fait. Le jour où ce le sera, vous le lirez ici, avec la date.
Consommer le moins possible, et le mesurer
Magisteria est conçue pour appeler l'intelligence artificielle le moins souvent possible, et le plus brièvement possible. C'est une contrainte d'architecture posée dès le départ. Chaque fois qu'un traitement pouvait être fait autrement, il l'a été :
- Le calendrier scolaire n'est pas calculé par l'IA. Le découpage en semaines, le retrait des vacances de votre zone, le total d'heures par période : du calcul exact. Faire compter une machine probabiliste aurait été plus lent et moins fiable.
- Un modèle léger pour les tâches légères. Les aperçus et les reformulations courtes ne mobilisent pas le grand modèle.
- Le programme officiel est réutilisé d'une génération à l'autre. Mesuré en conditions réelles : dès la deuxième génération sur une même discipline et un même niveau, 78 % de ce contenu n'est pas retraité.
- Les exports ne coûtent rien. Vos fichiers PDF, Word et PowerPoint sont fabriqués dans votre navigateur. Télécharger une séance dans trois formats ne déclenche aucun nouvel appel.
Ce que cela donne, en chiffres. Mistral AI a publié en juillet 2025, avec Carbone 4 et le soutien de l'ADEME, la première analyse de cycle de vie complète d'un modèle d'IA : environ 1,14 g de CO₂ équivalent et 45 mL d'eau pour une réponse de 400 tokens. Rapporté à nos volumes réels sur trente jours, toute la plateforme représente 5,2 kg de CO₂ équivalent et 204 litres d'eau par mois. Par enseignant actif : 60 g de CO₂ et 2,3 litres d'eau, soit l'équivalent de trois cents mètres en voiture.
Une limite de méthode qu'il faut dire : ce repère porte sur un modèle Mistral antérieur, utilisé via Le Chat. C'est un ordre de grandeur solide, pas une mesure de notre propre installation. Je préfère publier ce calcul avec sa méthode qu'un logo « éco-responsable ».
Ce que la loi demande, et ce qu'elle ne nous demande pas
Le règlement européen sur l'intelligence artificielle classe en « haut risque » les systèmes qui notent les élèves, décident d'une admission, orientent ou surveillent les examens. Ces obligations ont été repoussées au 2 décembre 2027.
Magisteria n'entre pas dans cette catégorie : elle ne note personne et ne décide de rien. En revanche, ce qui nous concerne s'applique déjà, sans report : l'obligation de transparence en vigueur depuis le 2 août 2026, qui impose d'indiquer clairement qu'un contenu est généré par une intelligence artificielle. C'est le cas partout dans le produit, et c'est la ligne de Magisteria depuis le premier jour : l'IA propose, l'enseignant décide.
Et si vous voulez partir
Un service qui vous retient peut se dire souverain autant qu'il veut.
Vous pouvez à tout moment télécharger l'intégralité de vos données, exporter chaque document en PDF ou en Word, et supprimer votre compte depuis vos paramètres. Sans e-mail à écrire, sans justification à donner, sans délai. Ce que vous avez produit avec Magisteria reste utilisable sans Magisteria.
C'est le seul engagement de cet article qui ne dépend d'aucun prestataire, d'aucune loi et d'aucune promesse. Il dépend de vous.
Si un point vous semble insuffisant pour votre établissement, écrivez-moi à contact@magisteria.fr. Les questions précises font avancer une infrastructure plus vite que les slogans.
Sources
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle
- Report des obligations « haut risque » au 2 décembre 2027
- Étude d'impact environnemental de Mistral AI, avec Carbone 4 et le soutien de l'ADEME
- Mistral 3 et la licence Apache 2.0
- Politique de confidentialité de Mistral AI
- CNIL, les transferts de données hors Union européenne
- Politique de confidentialité de Magisteria