J'ai passé le CAPES d'histoire-géographie en 2009. J'ai enseigné au collège, un peu au lycée, et j'ai vite compris une chose que personne ne dit avant qu'on signe : préparer un cours correctement prend un temps fou. Des soirées, des week-ends, des vacances. Ce n'était pas une exception, c'était la norme, et tous les collègues autour de moi vivaient la même chose.

À côté de l'enseignement en collège, j'ai aussi fait des vacations à l'université : de la formation continue pour des adultes en reprise d'études qui préparaient le DAEU, puis des TD d'histoire contemporaine et de géographie pour des étudiants en licence. Des publics très différents, mais le même constat à chaque fois : la matière est là, le temps pour la mettre en forme correctement, beaucoup moins.

En 2023, j'ai voulu me former à l'ingénierie pédagogique et aux usages numériques. J'ai repris des études avec le master IFUNO, ingénierie de formation et usages numériques des organisations, à l'université du Mans. C'est exactement à ce moment que l'IA générative est devenue grand public, ChatGPT en tête. J'ai choisi d'écrire mon mémoire sur les usages de l'intelligence artificielle par les étudiants, et sur l'adaptation nécessaire des pratiques pédagogiques des enseignants face à ça.

Ce que j'ai observé pendant ce travail m'a marquée : un vrai décalage entre des étudiants, parfois très jeunes, qui s'étaient déjà approprié ces outils sans complexe, et des enseignants qui n'avaient ni le temps ni les clés pour suivre. Pas par manque de compétence. Par manque de tout le reste : formation, accompagnement, outils pensés pour eux.

Je me suis formée à l'IA, puis je suis devenue formatrice auprès de mes collègues. Et c'est en donnant ces formations que j'ai eu envie de construire quelque chose de concret : une boîte à outils que je pourrais utiliser moi-même, pensée pour répondre aux vrais besoins des enseignants dans leur travail quotidien.

Sauf qu'en formant, j'ai fait un autre constat, plus fondamental. Le cœur du métier d'enseignant, ce n'est pas de savoir écrire un bon prompt. Utiliser ChatGPT ou Gemini efficacement demande de la méthode : donner du contexte, construire un assistant, ajuster, recommencer. Ça s'apprend, mais ça demande du temps et de l'envie que beaucoup de profs n'ont tout simplement pas, et ce n'est pas un reproche. Ce n'est pas leur métier d'apprendre à prompter, c'est de faire cours.

C'est là que j'ai changé d'angle. Plutôt que de former des enseignants à bien utiliser des outils génériques, autant construire un outil qui fait le travail directement, calibré sur leurs besoins réels : une progression, une séquence, une séance, une évaluation, une idée d'exercice, une mise en forme propre.

J'ai commencé à construire les premiers générateurs sur ces briques de base. Et très vite, les retours des enseignants qui testaient m'ont montré que je ne pensais pas à tout : mon expérience, c'était le collège et un peu le lycée général. Je n'avais pas les contraintes des programmes de lycée technologique, par exemple. Chaque retour a affiné l'outil.

Pour construire tout ça, j'ai utilisé le low-code et le no-code, la possibilité de développer sans savoir coder, même si j'ai commencé en parallèle à me former au développement. Puis j'ai posté sur les réseaux sociaux. Les retours ont été nombreux, et surtout sincères : je me suis rendu compte qu'il y avait un vrai besoin, parfois une vraie douleur, chez certains profils d'enseignants.

Et c'est là que les deux fils de mon histoire se sont rejoints. Le premier, c'est ce que je vis moi-même depuis 2009 : ces soirées et ces week-ends à corriger des copies, préparer une séquence, chercher une idée d'évaluation, pendant que tout le monde pense que les profs finissent à 17h et passent leur été en vacances. La réalité, c'est qu'à 20h30 tu es encore devant ton ordinateur. Je suis aujourd'hui mère de famille, et ce temps-là, je le vois différemment qu'à 25 ans. Je me suis demandé pourquoi les jeunes collègues devraient continuer à subir ça alors qu'il est possible de construire des outils qui allègent une partie de cette charge.

Le second fil, ce sont les enseignants qui démarrent dans des conditions encore plus dures : les néotitulaires qui prennent leur premier poste sans filet, et les contractuels qui apprennent parfois leur affectation deux jours avant la rentrée et doivent prendre une classe en marche, sans rien. Pour eux, gagner du temps sur la préparation, ce n'est pas du confort, c'est une bouée.

C'est pour ces deux publics, celles et ceux qui s'épuisent en silence après des années de métier et celles et ceux qui débutent sans repères, que j'ai créé Magisteria.

Je ne prétends pas que Magisteria fait tout, tout seul, en cinq secondes. L'IA magique n'existe pas, et ce n'est pas l'objectif. L'expertise professionnelle de l'enseignant reste au centre. Ce que Magisteria peut apporter, c'est un gain de temps réel sur les tâches chronophages, et parfois une idée nouvelle qu'on n'aurait pas eue seul un dimanche soir. De quoi reprendre un peu de terrain sur son métier, plutôt que de le subir.

Magisteria est disponible sur magisteria.fr.